"L'art de Brui" comme le disait Jean-Claude Marcadé, " est né sur les bords de la Néva à la confluence du suprématisme et du constructivisme russe - deux courants aux vertus mythologiques. Deux systèmes picturaux antagonistes qui ont hanté l'imagination des jeunes artistes soviétiques..."

Hanté est bien le mot. Et encore faut il ajouter pour ce qui concerne William Brui, la découverte à la bibliothèque de l'Ermitage, à 18 ans des oeuvres de Pollock et de Rothko. Et dans un tout autre domaine, la fascination qu'exerce sur lui les lectures de la cabale et du tantrisme.
Dénouer l'écheveau de tant d'influences diverses n'est pas chose facile, mais la synthèse est prometteuse, qui l'amène à considérer l'acte de peindre comme une tentative de dépassement. Pour lui tout est ambivalence et " les grandes oppositions qui bercent l'univers font partie d'un tout chez les dieux;"
Il n'y a que la matière, la lumière et la force gestuelle, l'invention d'une perspective où l'on est la fois dans la forme et en dehors, et la nécessité " de parvenir avec des lignes au-delà de la pensée."
Brui est à la recherche " d'une matière qui précède le big bang de ce qui existait dans le cosmos. " Dans ses deux dernières recherches, les tâches de matière vibrantes comme des particules se diluent dans l'espace avec la volonté d'atteindre à la plus grande légèreté possible.
Après les nuits cosmiques de ses "Unifield fields ", ses "Temples  aux formes insaisissables, les constructions insondables "d'Etrous", c'est l'irruption de la lumière.
"Des images simples, qui génèrent un monde"

                                                                                                                              Jean-Marie Baron

Photographie Nataliya Voronitsyna, interprétée et solarisée par Dominique Mourguiart