Voitures et magasins incendiés sur la place Barkhor, devant le temple Jokhand situé dans le centre de Lhassa.Des violences ont eu lieu vendredi dans la capitale du Tibet où les manifestations se succèdent depuis plusieurs jours.

Le gouvernement en exil s'est déclaré "hautement préoccupé" par des informations "émanant des trois régions du Tibet et faisant état de personnes tuées au hasard, de blessés et d'arrestations de milliers de Tibétains qui manifestaient pacifiquement contre la politique chinoise".

Les manifestations anti-chinoises de vendredi à Lhassa, les plus sanglantes depuis 1989 au Tibet, ont fait au moins 10 morts, selon l'agence Chine nouvelle, et de nombreux blessés, dans une ville désormais quadrillée par l'armée.


   
  

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Les manifestations indépendantistes de ces derniers jours au Tibet, sans précédent depuis une vingtaine d'années, ont dégénéré vendredi à Lhassa, où des boutiques et des voitures ont été incendiées et où des morts ont été signalés.

D'après les témoignages recueillis, les manifestations pacifiques de moines bouddhistes du début de la semaine ont laissé place à des scènes plus violentes dans ce territoire de l'Himalaya dont les revendications d'indépendance ont gagné en visibilité à l'approche des Jeux olympiques de Pékin.

Le 49e anniversaire du soulèvement manqué de 1959 contre le pouvoir communiste a amplifié le mouvement, conduisant le dalaï-lama, les Etats-Unis et l'Union européenne à appeler les autorités chinoises à la retenue et au dialogue.

"La situation est maintenant très chaotique", témoigne un habitant de Lhassa joint par téléphone. "Des manifestants incendient des voitures, des motos et des bus, des pierres ont été lancées contre des vitrines. Nous sommes effrayés."

Selon James Miles, journaliste britannique de The Economist cité par l'agence japonaise Kyodo, des émeutiers contrôlaient le centre de Lhassa vendredi à la nuit tombée. "Les forces de sécurité forment apparemment un cordon de sécurité autour du centre historique de la capitale tibétaine", a-t-il ajouté.

Radio Free Asia rapporte de son côté que deux personnes au moins ont été tuées lors d'affrontements avec la police chinoise.

Selon un témoin cité par Matt Whitticase, du mouvement Free Tibet Campaign basé à Londres, un millier de policiers ont été déployés face à 400 manifestants près du temple de Jokhang. Quatre policiers auraient été blessés dans ces incidents, a-t-il ajouté.

"Nous attendons ce qui se passera demain (samedi)", a dit une habitante contactée vendredi soir. "Cela pourrait empirer, nous avons peur."

Aux premières heures de samedi, l'agence Chine nouvelle a indiqué que l'ordre public était "globalement revenu à la normale" et indiqué que plusieurs personnes avaient été hospitalisées, sans préciser qui étaient les blessés.

LE DALAÏ-LAMA "PROFONDÉMENT INQUIET"

De son exil indien, le dalaï-lama, chef spirituel de la communauté tibétaine, s'est dit "profondément inquiet" face à la tournure que prennent les événements et a appelé Pékin à cesser de recourir à la force. "Ces manifestations, poursuit-il dans un communiqué, sont une manifestation du profond ressentiment du peuple tibétain face à l'administration actuelle."

Les autorités chinoises ont de leur côté accusé le dalaï-lama d'être à l'origine des troubles. "Le gouvernement de la région autonome du Tibet déclare vendredi avoir assez de preuves démontrant que les récents sabotages à Lhassa ont été 'organisés, préparés et conçus' par la clique du dalaï-lama", écrit l'agence Chine nouvelle.

"La violence, avec des voies de faits, des destructions, des pillages et des incendies, porte atteinte à l'ordre public, menace les vies et les propriétés, selon un responsable gouvernemental", ajoute l'agence.

Un porte-parole du chef spirituel tibétain a fermement démenti toute implication du dalaï-lama.

"C'est absolument sans fondement et sa Sainteté a très clairement fait connaître sa position", a dit le porte-parole, contacté par téléphone à Dharamsala dans le nord de l'Inde.

L'EXEMPLE BIRMAN ?

La mobilisation des moines tibétains rappelle le mouvement de contestation de septembre dernier au Myanmar, où là aussi les communautés religieuses bouddhistes avaient été le fer de lance de la remise en cause de la junte, matée par les généraux.

Trois monastères ont été fermés par décision administrative, selon International Campaign for Tibet, une organisation basée à Washington, qui cite des voyagistes.

Lundi, un demi-millier de moines du monastère de Drepung avaient organisé une marche à Lhassa, suivie par des actions menées par des moines des monastères de Sera et Ganden, dans les environs de la capitale tibétaine. Deux moines de Drepung seraient dans un état critique après une tentative de suicide, selon Radio Free Asia. D'autres auraient été arrêtés.

Le contrôle qu'exerce depuis 1950 la Chine sur l'ancienne théocratie himalayenne est devenu l'un des points de focalisation des critiques portées contre le régime communiste avant l'ouverture des Jeux olympiques de Pékin, le 8 août.

Selon deux témoignages recueillis par téléphone, la loi martiale aurait été proclamée, mais l'information n'a pu être confirmée auprès du Bureau d'information du Conseil d'Etat, où l'on renvoie aux propos tenus jeudi par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, qui avait accusé les manifestants de "chercher à déclencher des troubles sociaux".

En 1989, année de la répression place Tiananmen, la Chine avait imposé la loi martiale au Tibet pour mater des manifestations anti-chinoises. L'actuel président Hu Jintao était alors le dirigeant local du Parti communiste.   

Version française Natacha Crnjanski et Henri-Pierre André

                                                                                              Images diffusées samedi par la chaîne chinoise CCTV d'une rue à Lhassa.                                                                                                                               
                                             ..

Le chef spirituel des Boudistes tibétains qui , depuis longtemps a déclaré renoncer à réclamer l'indépendance pour son pays ( il demande une " large autonomie culturelle " ), a fait lundi une déclaration d'une rare sévérité. Le lauréat, en 1989 du pris Nobel de la paix, s'est élevé contre "les violations des droits de l'homme " commises par la Chine au Tibet: "Depuis près de six décennies, des Tibétains vivent en permanence dans la peur et sous la répression chinoise " s'est -il exclamé.

Cinq décennies de conflit

1er octobre 1949 Mao Zedong proclame la fondation de la République populaire de Chine.

1950 Invasion du Tibet.

1956 Premières révoltes de Tibétains.

1959 Les troupes chinoises répriment une rébellion au Tibet, le chef spirituel des Tibétains, le dalaï-lama, s'exile en Inde.

1962 Guerre sino-indienne.

1966 - 1976 Révolution culturelle : tous les monastères sont rasés.

1989 Émeutes à Lhassa, une vingtaine de manifestants sont tués.

2001 Le dalaï-lama est reçu à la Maison-Blanche.


Billet évolutif : 17 Mars 2008  

                                                                                             Le Tibet se rebelle

Partout dans le monde des rassemblements ont eu lieu hier pour protester contre la répression des manifestations. Ici à Dharamsala en Inde, des sympathisants tibétains se sont réunis devant la résidence du DalaÏ-Lama.

Tandis que les circonstances exactes des émeutes survenues vendredi à Lhassa restent pour l'heure nébuleuses, les appels au calme se multiplient. Lors d'une conférence de presse, le Dalaï-Lama s'en est pris aux autorités chinoises. " Elles s'appuient uniquement sur la force de façon à obtenir un simulacre de paix.Une paix ammenée par la force au moyen d'un régime de terreur". De son côté la communauté internationale a fait part de son inquiétude Vendredi, les Etats-unis et l'Union européenne ont appelé la Chine à de la "retenue".
                                                                                           .    

Message du Dalaï-Lama

Dharamsala March 18, 2008

I would like to take the opportunity to express my deep gratitude to world leaders and the international community for their concern over the recent sad turn of even in Tibet and for their attemps to persuade the Chinese authorities to exercise restraint in dealing with the demonstrations.

Since the chinese government has accused me of orchestrating these protest in Tibet. I call for a thorough investigation by a respected body, which should include chinese reprentatives, to look into these allegations. Such a body would need to visit Tibet,  the traditional  Tibetan areas outside the Tibet Autonomous region, and also the central  Tibetan administration here in India. In order for the international community, and espacially the more than one billion Chinese people who do not have access to uncensored information, to find out what is really going on in Tibet,  it would be tremendously helpful if representatives of the international media also undertook such investigations.

Wether it was intended or not, I believe that a form of cultural genocide  has taken place in Tibet, where the tibetan identity has been in constant attack. Tibetans have been reduced  to an insignificant minority in their own land as the result of the huge transfer of non- Tibetans inti Tibet. The distinctive Tibetan cultural heritage with its characteristic language, customs ansd traditions is fading away. Instead of working to unify its nationalities, the chinese governement discriminates against these minority nationalities. The Tibetans among them.

It is common  knowledge that Tibetan monasteries, which constitute our principal seats of learning, besides being the  repository of Tibetan  Buddhist culture, have been severely reduced in both in number and population. In those monasteries that do still exist, serious study of Tibetan Buddhism is no longer allowed, in facr, even admission to centers of learning is being strictly regulated. In reality, there is no religious freedom in Tibet. Even to call for a little more freedom is to risk being labeled a separatist. Nor is there any real autonomy in Tibet, even though these basic freedoms are guaranteed by the chinese contitution.

I believe the demonstrations and protests taking place in Tibet are a spontaneous outburst of public resentment built up by years of represssion in defiance of authorities tha are oblivious to the sentiments of the local populace. They mistakenly believe that further repressive measures are the way to achieve there declared aim of long-term unity and stability.

On our part, we remain committed to taking the Middlle Way approach and pursuing a process of dialogue in order to find a mutually beneficial solution to the Tibetan issue.

With this points in mind, I also seek the intenational community's support for our effort to resolve Tibetan's problems through dialogue, and I urge them to call upon the chinese leadership to exercise th utmost restraint in dealing with the current disturbed situation and to treat those who are being arrested.

Properly and fairly

Dalaï lama


30 Mars 2008

Ce matin j'ai reçu cette image là....



C'est la contre-offensive médiatique. Alors que la clameur gronde en Occident contre la politique de Pékin au Tibet, le gouvernement chinois s'emploie de son côté à décrédibiliser, voire à ridiculiser, la façon dont certaines télévisions ou magazines occidentaux ont rendu compte des récents troubles sur le Toit du monde.

L'objectif est double. Il s'agit d'abord d'accréditer la version que les émeutes du vendredi 14 mars à Lhassa se sont résumées à un déchaînement de violence de type ethnique de la part des manifestants tibétains contre les immigrés han (principale ethnie de la Chine) et hui (minorité musulmane) ; en présentant les choses sous cet angle, Pékin veut contrer les accusations de " répression" lancées par l'entourage du dalaï-lama et relayées par les médias occidentaux. Ensuite, Pékin accuse les médias occidentaux d'avoir manipulé les photos ou les films afin d'attiser l'indignation.

Cette contre-offensive chinoise a commencé dès le lendemain du 14 mars, quand la télévision nationale CCTV a diffusé un reportage tourné à Lhassa durant les émeutes. On y voit des émeutiers s'en prendre à tout ce qui est chinois dans les rues de la capitale tibétaine. Des boutiques sont mises à sac ou incendiées, des motocyclistes battus. Des commerçants fondent en pleurs. La violence des émeutes a été confirmée par plusieurs touristes étrangers, témoins de l'assaut de la vieille ville par des manifestants tibétains, moines inclus.

Un présentateur de l'émission de CCTV "Xinwen 1 + 1" a jugé systématiquement antichinois les médias de l'Occident. Un site Internet "anti-CNN" créé par un étudiant de l'université pékinoise de Qinghua, et que reprend le site du Quotidien du peuple, organe central du Parti communiste, conspue la façon dont la chaîne américaine de télévision en continu a couvert les événements du Tibet. Et attaque des magazines européens.

PHOTO RECADRÉE

Il est piquant de voir les médias officiels chinois, grands orfèvres en désinformation, se faire les chantres de la déontologie journalistique. Mais, en l'occurrence, ils ont beau jeu de dénoncer certains dérapages de la couverture occidentale. Car, sans préjuger d'une volonté délibérée de tromper leurs téléspectateurs ou lecteurs, certains médias ont fait montre d'un manque de professionnalisme ahurissant : sur le site de CNN, une photo, censée illustrer la répression chinoise, montre des camions militaires progressant dans des rues de Lhassa où sont visibles les traces des violences. En fait, si la photo n'avait pas été recadrée, on aurait vu, comme le montre le site "anti-CNN", des émeutiers lancer des pierres contre ces camions.

Pire : la "une" de l'hebdomadaire allemand Bild affiche, sous le titre "Plusieurs centaines de morts à Lhassa", une photo montrant des manifestants tibétains battus à coups de latte de bambou par des policiers... népalais au cours d'une manifestation à Katmandou, au Népal ! De son côté, la chaîne de télévision américaine Fox News, peu réputée pour son sérieux, a publié à la "une" de son site une photo de réfugiés tibétains à New Delhi évacués par des policiers indiens, avec comme légende : "Les Chinois ont fait parader dans les rues de Lhassa des prisonniers tibétains dans des camions."

CNN a reconnu que la mise en page du site avait pu induire le lecteur en erreur, mais soutient que sa couverture des troubles est restée impartiale. La chaîne allemande de télévision RTL qui a aussi utilisé des photos prises au Népal, a publié une lettre d'excuses.

Cette contre-offensive de Pékin rencontre un vif écho dans l'opinion chinoise, persuadée que l'Occident désinforme dans cette affaire. Sur la Toile, une lettre ouverte appelle les Chinois à se lever contre les "médias nazis des Goebbels de l'Occident" et s'insurge du fait que "la nation chinoise, amoureuse de la paix, raffinée et cultivée, a trop longtemps été la cible d'insultes".

Ailleurs, des blogueurs se sont lancés dans une diatribe anti-Sarkozy après les déclarations du chef de l'Etat français évoquant un possible boycottage de la cérémonie d'ouverture des JO. Certaines réactions versent dans un lyrisme outragé : "Les séparatistes tibétains sont plus cruels que des bêtes. (...). Un groupe d'ennemis venus de l'Occident cachent leurs mains noires derrière eux et l'on voit déjà leurs queues sortant de leurs cachettes."

Dernier épisode de la contre-attaque de Pékin : l'invitation à Lhassa de 26 correspondants de presse étrangers et chinois, bien encadrés. Mais l'opération de relations publiques a été troublée dans le temple du Jokhang par la manifestation d'une trentaine de moines bouddhistes contestant ouvertement la version officielle chinoise des événements. La guerre de l'information fait rage au Tibet.

Bruno Philip