A l'occasion du procès des anciens dirigeants Khmers rouges qui débutera en
2009, le Cambodge a mis en place un tribunal, parrainé par l'organisation des
nations unies (ONU) ayant pour mandat de juger les anciens dirigeants Khmers
rouges a qui l'on attribue la responsabilité de la mort de plus de 2 millions
de personnes entre 1975 et 1979.
Ils sont Cinq aujourd'hui incarcérés, Pol Pot (une abréviation du nom qui
lui fut donné par les autorités chinoises, POLitique POTentielle ),
aura échappé à la justice, il est décédé en 1998. Ce fils d'une famille
paysanne aisée obtient une bourse avant de partir suivre des études à l'Ecole
Française de Radioélectricité à Paris entre 1949 et 1953. Dès son arrivée en
France il rejoint les cercles du Parti communiste français, se familiarise avec
l'idéologie marxiste, c'est à cette époque qu'il fait la connaissance de
Jacques Vergès.
L'avocat Français est chargé de la défense de Khieu Samphan qu'il à
connu à Paris quand il était étudiant en France dans les années 50. Kang Kek
Ieu allias “Douch” est l'ancien directeur du centre de torture à Phnom
Penh. Il a dirigé sous la dictature de Pol Pot la prison Tuol Seng plus connu
sous le nom de S21. Situé dans le centre ville de la capitale Cambodgienne; ce
bâtiment abritait un lycée à l'origine. Entre 15 et 20000 "opposants"
au régime (des hommes, des femmes, et des enfants) y furent exécutés pendant
cette période.
François Bizot, l'auteur du passionnant et émouvant livre intitulé "
le Portail" ( éditions la table ronde, 2000), a revu Douch dans une cellule du
tribunal spécial chargé de juger les responsable Khmers Rouges à Phnom Penh, et
n'a cessé depuis de s'interroger sur les raisons qui ont poussé son ancien
geôlier à commettre l'indicible.
Dans un interview accordé à "libération" la semaine
derrière François Bizot, en dehors de tout stéréotype, réfléchit et
s'interroge, tout d'abord, sur le bourreau qui sommeil en l'homme, sans nous
éloigner de notre compassion pour les victimes. En voici un court
extrait....
"Vous avez été détenu par les Khmers rouges au
début des années 70, avant le génocide, et libéré grâce à Douch, devenu par la
suite le chef du centre de tortures de Tuol Sleng, à Phnom Penh. Que
pensez-vous de la proposition de Nicolas Sarkozy sur la transmission de la
mémoire de la Shoah aux écoliers français ?
La Shoah pose un problème de fond dont on ne se remettra jamais selon moi.
Ce qui fait problème, ce n'est pas seulement la mort des Juifs, c'est le fait
que ce crime ait été commis par des nazis. Derrière cette industrialisation
diabolique se trouvait des Allemands, le contraire de barbares, des gens comme
vous et moi, les plus proches de nous sans doute en Europe. Dans cette
proximité leur crime nous frôle, nous touche et devient possiblement le nôtre.
Pour répondre à cette tragédie, il serait sans doute plus juste que chaque
élève de CM2 fut associé aussi au nom d'un jeune futur nazi, qu'on lui explique
qu'il était comme les autres enfants à son âge, avec la même innocence, puis
qu'il est devenu un criminel. Sous entendu que cette capacité à faire le mal
réside en chacun de nous...L'homme moderne vient au monde potentiellement
capable du pire. Il faut se méfier de soi et des dysfonctionnements de notre
propre nature.
Vous n'êtes donc pas convaincu par cette
proposition...?
Quel est l'objectif recherché ? veut-on que l'élève de CM2 éprouve de
l'amour pour cet enfant tué ou qu'il ait en horreur cette mort?....
Vous dîtes: " On ne naît pas nazi"...
Pensez qu'on puisse naître ainsi serait la pire des erreurs, le pire des
racismes. L'imaginer, c'est courir à notre perte, car c'est penser que nous
sommes protégés de tous les salauds. Mais à partir du moment où on inverse la
proposition et qu'on se dit qu'on est peut-être soi-même un salaud, on peu agir
en amont. L'humanisme nous a inculqué l'idée de pleurer pour les victimes,
c'est un véritable progrès.Cela sert à nous rendre bon, mais c'est aussi un
piège: parce qu'on pleure sur les victimes ? on serait quelqu'un de bien ?
c'est trop facile. On ne parle jamais du bourreau. On nous apprend à souffrir
pour les victimes. Mais on déshumanise le bourreau pour qu'on ne s'y
reconnaisse pas. Comme si, ce n'était personne....
Vous êtes vous dit, un jour que vous auriez pu vous-même passer
de l'autre côté?
Je ne me le suis pas dit de cette manière là. mais Douch m'a montré sa
jeunesse et sa fraîcheur, ses éclats de rire durant nos discussions, et en même
temps ses silences et le côté sombre de celui qui devait exécuter un
prisonnier....on comprend alors si le contexte s'y prête que l'homme peut tuer.
la vie collective, les amis, la société, la famille sont autant de freins. Mais
quand ils ne sont plus là, et quand on est sur d'être impuni, alors tout
devient possible.
Un travail de mémoire peut-il prévenir la
barbarie?
En tout cas je crois profondément que la culture n'est pas une barrière.
Parfois, je me dis que l'humanité est peut être un erreur scientifique. L'homme
moderne porte en lui tant de contraires: la désespérance, une vie qui se
termine en queue de poisson la plupart du temps, des rêves pour lesquels il est
prêt à tuer.
Et quand j'étais passé au Cambodge, j'avais laissé un billet là.
A lire et à voir...
« Le Portail », par
François Bizot, la Table ronde, 2000
« S-21 ou le Crime impuni des Khmers rouges », par David Chandler,
Autrement, avril 2007.
« Cambodge année
zéro », par François Ponchaud, Kailash, coll. « Civilisations et
sociétés », 1998.
S-21, la machine de
mort Kmère rouge", par Rithy Panh, DVD, Eidtions Montparnasse
« The Lost Executioner », par Nie Dunlop, Bloomsbury Publishing,
2006. « Pol Pot, frère numéro un », par David Chandler, Pion, 1993.
« A Cambodian Prison Portrait. One Year in the Khmer Rouge’s S-21 »,
par Vann Nath, White Lotus, Bangkok, 1998. « Eichmann à Jérusalem. Rapport
sur la banalité du mal », par Hannah Arendt, Gallimard, 1991.
Merci de ce post : on a tellement tendance à "oublier" ces horreurs face à
"l'urgence" de nos quotidiens que subitement les choses reprennent leur
place... A défaut de pouvoir faire grand chose de concret et d'immédiat,
élevons nos enfants avec des valeurs qui demain feront de ce monde un espace de
tolérance et de respect...
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Merci de ce post : on a tellement tendance à "oublier" ces horreurs face à "l'urgence" de nos quotidiens que subitement les choses reprennent leur place... A défaut de pouvoir faire grand chose de concret et d'immédiat, élevons nos enfants avec des valeurs qui demain feront de ce monde un espace de tolérance et de respect...