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Qui se souvient des HMONGS ?
Par Dominique le mercredi 9 juillet 2008, 10:10 - Asie
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Il y a huit ans, c'était
en 2000, je voyageais pour la première fois dans le Nord du Vietnam, c'était
avec un des premiers Coolpix de 2 millions de pixels en quittant Dièn Bièn Phu,
que je croisais pour la première fois le peuple des montagnes. Cette semaine
le Figaro
magazine publie un article remarquable que je ne peux m'empêcher de relayer
ici sur ce blog.
Ils ont servi la France pendant la guerre d'Indochine, puis les Etats-Unis
pendant le conflit vietnamien. Pour cela, le régime communiste du Laos les
persécute depuis plus de trente ans. Il n'est peut-être pas trop tard pour les
sauver.
On connaît le drame des Harkis.
Hommage leur a été rendu. Tardivement, certes, mais bruyamment. Et c’est tant
mieux. En revanche, qui se souvient des Hmongs ? Un peuple de montagnards,
pourchassé et exterminé par le gouvernement communiste de la République
Populaire Démocratique du Laos. Leur crime ? Avoir servi à nos côtés pendant la
guerre d’Indochine. Puis dans l’armée américaine contre les Nord-Vietnamiens.
Un conflit terminé depuis 1975. Sauf pour eux, …
Il a fallu le courage de quelques journalistes pour les sortir de l’oubli et
rafraîchir nos mémoires. Philip Blenkinsop, Roger Arnold (dont les photos ont
été publiées par Le Figaro Magazine, le 30 septembre 2006), Grégoire Deniau (La
Guerre secrète au Laos, Envoyé Spécial sur France 2 en 2005) ou Cyril Payen
(Laos,
la guerre oubliée, aux éditions Robert Laffont 2007), les Hmongs
agonisaient dans l’indifférence. Au terme de périples dangereux et clandestins,
ils ont rapporté des témoignages éprouvants, accablants. Grâce à eux, un
mouvement d’opinion s’est constitué. Une
pétition nationale réunit signature sur signature. Elle sera remise
prochainement au Président de la République Française.
À l’origine de l’initiative, Rémi Fritsch, qui a créé spécialement l’ONG
Urgence Humanitaire Asie. « J'ai été
bouleversé par le reportage sur les Hmongs. Voilà des gens qui se sont battus
pour nous. La France les a abandonnés après les avoir utilisés. Il faut réparer
cette infamie ». 8.500 personnes (et non des moindres puisqu’y figure,
entre autres, Geneviève de Galard, surnommée « l’Ange de Diên Biên Phu ») ont
déjà paraphé le document. Explication de Rémi Fritsch : « nous demandons au
chef de l'Etat d’intervenir, au nom de la France, pour sauver les Hmongs
persécutés au Laos et stopper les rapatriements forcés de ceux qui ont fui en
Thaïlande ».
En effet, après la défaite et le départ des Américains, 100.000 Hmongs ont
poursuivi la lutte armée contre le nouveau régime communiste. Ils n’avaient pas
le choix : les vainqueurs voulaient leur peau. Et la veulent toujours, trente
après. Traqués par l’armée laotienne (et des conseillers vietnamiens), ils
seraient moins de 10.000 aujourd’hui, se terrant dans la forêt, réduits à
l’état de chasseurs-cueilleurs nomades. Ils survivent par petits groupes
(hommes, femmes, enfants), coupés du monde, sous-équipés, sous-alimentés. Un
armement disparate (issue de la guerre du Vietnam), plus de munitions, pas de
médicaments. Dautres ont réussi à gagner la Thaïlande voisine. Considérés comme
« immigrants économiques », ils ont été parqués plusieurs mois dans le
camp de Huay Nam Khao, détruit récemment par un incendie indéterminé. Bangkok
vient d'en renvoyer (manu militari) 837 au Laos ; 5.000 autres devraient
connaître le même sort. « Ce qui équivaut pour certains d’entre eux à une
condamnation à mort », conclut Rémi Fritsch.
Un peuple qui place la liberté au-dessus de
tout
L‘histoire des Hmongs (aussi appelés Méos ou Miaos) se perd dans la nuit
des temps et les confins d’Asie. Le peuple de l’opium. Des guerriers nés, qui
placent la liberté au-dessus de tout. Chez eux, la guérilla n’est pas une
tactique militaire mais une seconde nature. Pendant la guerre d’Indochine,
l’état-major compris au moins cela. Dès 1945 (les Japonais occupaient encore la
zone), des commandos français furent parachutés au Laos. Objectif : former des
maquis chez les Hmongs. Qui seront utilisées contre Nippons, puis contre le
Viêt-minh. Succès total.
Même si leurs opérations de harcèlement et de sabotage ne firent jamais l’objet
d’un seul communiqué. Secret Défense.
« On les appelait les seigneurs aux pieds nus », raconte Jean Sassi,
figure mythique des Services Spéciaux et Président d’honneur du 11ème choc.
Pendant 10 ans, il vécut avec eux. C’est lui qui commandait « l’Opération D
» (pour desperado) : fin avril 1954, avec 2.000 Hmongs des maquis «
Malo-Servan-Sangsue » et une poignée de Français. Il tenta de porter
secours aux assiégés de Diên Biên Phu. Le 7 mai, après une semaine de marche
forcée, la colonne parvint aux abords de la cuvette. Trop tard. Diên Biên Phu
venait de tomber. « On a quand même pu exfiltrer environ 150 rescapés
», précise Jean Sassi. Les Hmongs de « l'Opération D » refusèrent
d’être payés en barres d’or, ainsi que le proposait le commandement.
La IVème République les récompensa à sa manière : quelques semaines plus
tard, Jean Sassi reçoit l’ordre d’évacuer et de désarmer. Il refuse, gagne du
temps. En profite pour acheminer du matériel : « je les ai armés alors que
j’avais ordre de les désarmer ». Jusqu’à ce jour de mars 1955 où l’officier
français doit partir, la mort dans l’âme : « les Hmongs n’arrivaient pas à le
croire. C’était affreux ».
Après les Français, ils choisiront les Américains. Qui partiront, eux aussi.
Mais qui auront l’élégance – minimale – de leur élever un monument commémoratif
à Sheboygan (Wisconsin) en 2006. La France, quant à elle, n’a jamais payé sa
dette d’honneur. Il est peut-être temps d’y songer. Les Hmongs le méritent
bien. Euphémisme.
© Jean-Louis Tremblais, Le Figaro Magazine
05/07/08
« Ils nous avaient choisi ».
Une piste abrupte, toute droite quels que soient les obstacles, noyés
d’une froide brume blafarde et un son étrange, inhumain, qui poigne le cœur.
Dans le courant ascendant d’un col se devine une structure fantomatique des
grands bambous dressés. Une orgue, une flûte de pan géante dont le vent est
l’instrumentiste ; mélopée aléatoire, voix inarticulées, incompréhensibles mais
impérieuses des Génies. Un peu plus haut sur la crête, au-dessus des nuages,
ils étaient là, debout tout de noir vêtus, avec leurs vieux fusils à poudre
noire se chargeant par le canon. Au-dessus de leurs têtes le soleil, à leurs
pieds une mer de sombres nuées d’où émergeaient les sommets des « Cent Mille
Monts » comme des îles de légende. Ils avaient sauvé l’un des nôtres, rescapé
d’une embuscade là en bas dans la vallée, et nous étions venus pour le ramener
chez nous. C’est ainsi que j’ai rencontré, il y a plus de cinquante-cinq ans,
les Hmongs qu’on appelait alors Méos ou Miaos. Ils nous avaient choisis pour
alliés dans cette guerre, de préférence au Viêt-Minh.
Le nôtre, celui qui avait survécu grâce à eux et que nous venions chercher nous
mena à une tombe, creusée à flanc, surmontée d’une croix en bois que le vent et
la pluie avaient décapée, infléchie à gauche, comme la tête du Christ. Hébergés
et nourris dans le village, on avait rempli pour les Génies deux petite coupes
de nourriture, on en avait aussi déposé une sur la tombe de notre camarade,
puis, l’esprit en paix, on a vidé joyeusement la bouteille de « chum »
perpétuellement renouvelée, verre après verre, cul sec, entre hommes. Je ne
sais plus ce que nous avons mangé. Sans doute un de leurs cochons noirs,
sangliers mal dégrossis que l’on avait vu rôder un carcan au cou pour les
empêcher de dévaster les cultures. Outre la bouteille de cet abominable « chum
», qui portait encore une étiquette fanée de vin de Bordeaux, il y avait une
petite boîte ronde de Vache qui rit contenant encore trois petits triangles de
fromage jauni : ultime trace visible de ce fut l’empire colonial français dans
cette hutte sur pilotis du haut du bout du monde.
Ces Hmongs étaient aussi les plus joyeux des hommes. Je sais que par la suite,
on leur a parachuté un instructeur, un poste-radio et une poignée de fusils
Royal Enfield datant de la guerre de 14. Ils ont encore sauvé un certain nombre
des nôtres et porté quelques coups pendables au Viêt-Minh, …
Et puis, il y a eu Diên Biên Phu. La fin de notre guerre. On est parti avec
honte et rage, les laissant tomber.
Seul notre camarade dans sa tombe est resté avec eux.
Est-il toujours là-haut ?
Plus d'infos : sur le site Urgence Humanitaire
Asie www.uhasie.org
Et sur ce blog des
images ICI ET
LA