L’exposition phare de cet automne, «César, le Rhône pour mémoire», débute
samedi 24 octobre en Arles. On y découvre les chefs d'œuvre récemment
découverts et remontés du lit du fleuve. Ils éclairent d'un jour nouveau le
passé prestigieux de la colonie romaine, fondée par Jules César en 46 av.
JC.
" L'une des expositions les plus intelligentes et belles qu'on ait vues ces
trente dernières années". C'est le quotidien du monde qui le dit avec
enthousiasme, dans son édition datée du vendredi 30 Octobre 2009 dans un long
article entièrement consacré à l'exposition, " César mémoire du Rhône " qui
vient de s'ouvrir au musée départementale de l'Arles Antique. Le journaliste
Harry Bellet raconte les plongées de Luc Long et la façon dont le musée les
fait revivre avec " le journal de bord, qui scande l'exposition, où il décrit
ce qui se passe, à 20 mètres sous l'eau, dans un fleuve dont le fond est plus
composé d'amphore que de limon."
"L'une des grandes leçons de l'exposition est de rappeler qu'Arles jouit
d'une situation géographique exceptionnelle"
Le cinglé en chef, c'estLuc Long. Vingt ans qu'il plonge. Il appartient à un
bidule créé parAndré
Malraux, le Département des recherches subaquatiques et sous-marines.
Trente-cinq fonctionnaires assermentés qui font la course contre les chasseurs
d'épaves et les pirates modernes. Aux eaux transparentes de laGrande Bleue, Long préfère la soupe du Rhône. Quand
ils y plongent, son équipe et lui, ils risquent au mieux une otite, au pire la
leptospirose, la "peste du rat". S'ils se blessent sous l'eau, ils sont
immédiatement décorés du staphylocoque doré.
En vingt ans de Rhône, Long a dû faire à peu
près 300 mètres. C'est peu, mais c'est pour cela, et cela seulement, qu'on ne
le comparera pas à un Indiana
Jones qui aurait troqué son chapeau et son fouet contre un masque et des
palmes. Car Long est un archéologue, un vrai. Conservateur en chef du
patrimoine. Un drôle de métier. Lorsqu'on étudiait l'histoire de l'art, on les
daubait un peu, les archéologues : à nous les vernissages d'art contemporain,
le champagne et les souliers vernis. A eux, les tranchées humides, et les
bottes en caoutchouc. Sauf que lui préfère, tant qu'à faire, les combinaisons
de Néoprène.
Pour ces 300 mètres, en deux décennies, Luc
Long et son équipe ont des excuses. D'abord, l'autonomie des scaphandres
n'excède guère les deux heures. Disons une heure et demie, pour être prudent.
Et il le faut : si, comme un plongeur lambda, on ressort tout droit, à la
verticale, on peut se faire recoiffer vite fait par l'hélice d'une péniche. Et
puis sous l'eau du Rhône, on n'y voit goutte : 30 centimètres, les jours
fastes. L'archéologue fouille à tâtons, le plus souvent. Dans des conditions de
travail infâmes : le courant, les silures, ces poissons gigantesques qui
viennent vous grignoter les palmes, les cadavres, jamais frais, mais parfois
récents, des automobiles, des chariots de supermarché... On lira sur le sujet
le texte, intelligent, drôle, brillant pour tout dire, que Claude
Sintes, conservateur du Musée
d'Arles antique, consacre au sujet dans le catalogue de l'exposition.
Situation exceptionnelle
Comme il est archéologue, Long balise ses
fouilles. Chaque zone est divisée en petits carrés, toutes les pièces sont
répertoriées, photographiées, précisément décrites. D'où les délais. Comme il
est passionné, il fait aussi des dessins. Ou plutôt un journal de bord, qui
scande l'exposition, où il décrit ce qui se passe, à 20 mètres sous l'eau, dans
un fleuve dont le fond est plus composé d'amphores que de limon. Dans
l'exposition, il a reconstitué cet agrégat incroyable qui dort sous les
Arlésiens et les Arlésiennes.
L'une des grandes leçons de l'exposition est de
rappeler qu'Arles jouit d'une situation géographique exceptionnelle, pour la
Rome antique. Au moment où César conquiert la Gaule, il se rend compte que la
ville est le long d'une route naturelle, par son fleuve, qui conduit loin vers
le Nord. La courbure que fait le Rhône à cet endroit réduit la force du
courant, et permet une traversée Est-Ouest : la route de l'Espagne est ouverte.
Enfin, sur la rive gauche, une éminence. Petite, quelques mètres de haut, au
plus : c'est suffisant pour fortifier, et surtout, c'est la seule à des
kilomètres à la ronde lorsqu'on vient depuis la Camargue. Enfin, les Arlésiens
sont fidèles, ou fins politiques. Lorsque César aura besoin d'aide pour
liquider Pompée, ils lui fourniront douze galères, construites et armées en
moins d'un mois.
Il faudrait dire aussi le canal creusé par les
légionnaires romains, qui permettait d'accéder à un avant-port, près des
Saintes-Maries-de-la-mer, où des navires énormes, venus d'aussi loin que
Beyrouth, déchargeaient leur cargaison, qui était ensuite transportée vers le
nord par des nautoniers, auxquels on doit une extraordinaire statue de Neptune.
Dont Long et son équipe ont ramassé les morceaux sur plus de 30 mètres du lit
du fleuve, joie de l'archéologie sous-marine.
La vie reconstituée
Il faudrait dire la joie des Arlésiens de la
rive droite d'apprendre que leur bord avait sans doute autant d'importance que
l'autre, une info sur laquelle insiste beaucoup l'exposition, sans qu'on en
comprenne vraiment les enjeux. Il faudrait dire surtout la qualité
extraordinaire des oeuvres mises au jour. Oh, cette femme, juste une tête,
toute petite, du Ier siècle après Jésus-Christ, dont on pourrait
tomber amoureux ! Oh, ce bronze, hallucinant, d'un guerrier gaulois soumis,
captif, qui remet en cause tout ce qu'Astérix nous avait appris ! La vie, la
vie même, de ces peuples qui nous font rêver est ici reconstituée.
Et puis, il y a César. Des archéologues, déjà,
le mettent en doute. Des jaloux, sûrement, comme cet Allemand qui, sur la foi
d'une mauvaise photographie, estima un peu vite qu'il ne pouvait s'agir que
d'un notable arlésien. Comme si des ploucs, pardonnez-nous d'avance, pouvaient
faire venir un marbre de Turquie, le faire façonner par un maître, et tutti
quanti. Pour Luc Long, "l'identification fut spontanée", dit le catalogue. En
clair, et pour les générations futures, la phrase exacte est : "Oh ! Putain !
C'est César !" Cela, c'est le côté plongeur. L'archéologue, lui, a écrit vingt
pages furieusement argumentées dans le catalogue pour justifier son point de
vue.
"César, le Rhône pour mémoire". Musée
départemental de l'Arles antique, presqu'île du Cirque-romain. Tél. :
04-90-18-88-88. Du mercredi au lundi, de 10 heures à 18 heures. Jusqu'au 19
septembre 2010. 7,5 €.
Catalogue, éd. Actes Sud, 396 p., 39 €.
Commentaires
une exposition 2010 a ne manquer sous aucun prétexte, lors de votre venue en Arles.