Une sérigraphie d’Andy Warhol tombait dans un vacuum sémantique tel que seule l’habileté du critique pouvait, dans une revue ou dans un catalogue de galerie, donner une forme et un nom, attribuer des qualités ou des essences, faire parler l’œuvre au fond, comme la  voyante fait parler les cartes, le critique d’art étant une sorte de ventriloque de l’art qui meuble « les voix du silence » dont parlait Malraux, le charlatan forain qui, dans les gazettes ou dans les médias, osera dire : « C’est de l’art » ou « C’est du grand art », tout comme l’expert disait : « C’est un Max Ernst magnifique » du faux qu’on lui avait mis sous les yeux.

Or, pour que le critique d’art devienne un personnage essentiel, crédible, de cette manipulation, il faut une opération singulière qui fera de sa parole un dogme. L’effet de doxa, on l’obtiendra en adjoignant à ses côtés deux figures essentielles : l’historien d’art et le marchand. Le marchand est celui qui fournit la marchandise, l’historien d’art celui qui en atteste la provenance et en retrace l’historique.

Source : Causeur

Photo : GINIES/SIPA. 00698677_000023.