15 Août 2007

Une brusque hausse du prix des carburants

Le régime militaire dirigé par le général Than Shwe augmente brusquement les prix des carburants, ce qui provoque immédiatement le doublement des tarifs dans les transports. Le 19 août, emmenés par des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), les premiers défilés pacifiques contre la vie chère ont lieu à Rangoon, ancienne capiltale du pays.

28 Août 2007

Premières manifestations de moines

Pour la première fois, des centaines de bonzes manifestent à Sittwe, dans l'ouest du pays.

03 Septembre 2007

Un nouveau projet de Constitution

Un nouveau projet de Constitution est rendu public. Il prévoit de cadenasser étroitement toutes les institutions au profit des militaires au pouvoir depuis 1962. Le texte prévoit deux Chambres parlementaires, chacune composée pour un quart de militaires, le président de la République serait tenu de concevoir ses attributions selon une "vision militaire".

19 Septembre 2007

Les manifestations deviennent quotidiennes

Des milliers de moines défilent en priant dans plusieurs villes, dont Rangoon. La pagode Shwedagon, le principal monument de la ville, est fermée. Les manifestations deviennent quotidiennes.

22 Septembre 2007

Aung San Suu Kyi en larmes

Après un défilé à Mandalay, deuxième ville du pays, des policiers autorisent un millier de bonzes et autant de civils à passer devant la maison d'Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991 et principale figure de l'opposition du pays, qui sort en larmes pour les saluer.

23 Septembre 2007

Un régime "brutal"

10 000 bonzes, soutenus par le même nombre de civils, manifestent à Rangoon. Les Etats-Unis dénoncent le régime "brutal".

24 Septembre 2007

100 000 manifestants

Plus de 100 000 manifestants, emmenés par des bonzes, défilent à Rangoon. La France, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, appellent le régime à la retenue, tandis que la junte menace de "prendre des mesures" contre les religieux. Le Dalaï-Lama, leader spirituel tibétain et autorité morale du bouddhisme, apporte son "plein soutien" aux bonzes.

25 Septembre 2007

Le couvre-feu est instauré à Rangoun

Des centaines de soldats et de policiers sont déployés pour contrôler les 100 000 manifestants (dont 30 000 bonzes) qui défilent dans les rues de Rangoon. Les Etats-Unis annoncent de nouvelles sanctions, tandis que l'Union européenne envisage de durcir les siennes. Rangoon et Mandalay sont déclarées zones d'accès restreint, un couvre-feu est instauré.

26 Septembre 2007

Les premiers morts

La répression fait au moins quatre tués, dont trois bonzes, et cent blessés à Rangoon. La Chine, grande alliée de la Birmanie, conseille au régime de "ne pas réagir de façon excessive", tandis que pour la Russie ces manifestations sont une "affaire interne". Après un entretien avec le "premier ministre" de l'opposition en exil, le Dr Sein Win, Nicolas Sarkozy réclame des sanctions "sans tarder"  ; il demande aux sociétés françaises de "faire preuve de la plus grande retenue" en matière d'investissements dans ce pays, et souhaite même leur gel.

27 Septembre 2007

Les arrestations se multiplient

Un journaliste japonais est tué lors d'une manifestation à laquelle 5 000 personnes ont participé. Une centaine d'arrestations ont lieu dans un monastère de l'est de Rangoon. Huit manifestants sont tués. Les Etats-Unis prennent des sanctions contre quatorze hauts responsables birmans.

28 Septembre 2007

Des connexions locales au réseau Internet, utilisées par les opposants pour communiquer avec l'extérieur, sont coupées. Malgré les pressions internationales, le régime semble déterminé à réprimer les opposants.


Le 4 Novembre

Deux opposants birmans racontent la "révolution des moines" à Pagan

Min Naing Aung a 27 ans ; son père, U Shinbo, 66 ans. Le premier, oeil vif et bagarreur, est l'un des leaders étudiants de Pagan (aujourd'hui orthographié Bagan), ville aux 2 000 temples, capitale de la laque et du tourisme, à 690 kilomètres au nord de Rangoun. Le second, ridé et fripé, relève sa chemise pour résumer ses sept ans de prison après les manifestations de 1988 : six côtes cassées sur son torse amaigri.

Bon anglais, longyi traditionnel noué à la taille, tous deux ont quitté, le 22 octobre, le poste de police de Palet, près de Mandalay, à huit heures de camion de chez eux. Ils y ont été détenus pendant trois semaines, à huit dans 9 mètres carrés, battus à coups de pied - "les trois premiers jours et deux nuits" - et nourris d'un seul bol de riz quotidien pour les punir d'avoir participé ou soutenu les manifestations qui ont embrasé leur ville.

Depuis le temps - dix-neuf ans ! - qu'ils l'attendaient, cette révolution, ils n'allaient quand même pas rester chez eux !

U Shinbo a le même âge ou presque qu'Aung San Suu Kyi ; le fils a, lui aussi, rejoint la Ligue nationale pour la démocratie (LND) et sort de son portefeuille la photo de son père avec la "dame", au temps où elle pouvait encore aller et venir, et tenir meeting à Pagan. Pourtant, ils le savent sans se l'avouer : ils n'ont pas été à l'origine de ce mouvement, mais ont seulement rejoint le grand cortège des robes safran qui confluaient vers les pagodes. "La nouveauté, ce sont les moines", reconnaît le plus âgé des deux.

En bon militant professionnel, le plus jeune a tenu un calendrier précis des "événements" qui ont secoué sa ville et d'autres alentour. Le 19 août, quatre jours après que le régime du généralissime Than Shwe a augmenté le prix de l'essence de 66 %, de petites manifestations éclatent dans tout le pays. L'annonce qu'un moine a été tué le 5 septembre à Pakkoku, à une heure de Pagan en passant le fleuve Irrawaddy, fait basculer le mouvement. "C'est en l'apprenant à la BBC que j'ai su que ça allait prendre, dit Min Naing Aung. On ne tire pas sur un religieux. Chez les bouddhistes, c'est interdit."

Le premier défilé a lieu le 24 septembre : de l'aube à la nuit, le cortège passe de "5 à 223 moines, de 25 manifestants à 1 000". Le 25, la manifestation gagne un village voisin. "C'est ce jour-là que des miliciens ont pris des photos et des films avec leurs caméras", souligne Min Naing Aung. Le 28, le gouvernement organise une contre-manifestation ; le 29, les cortèges s'étirent sur 18 kilomètres et paralysent la ville. Des policiers tirent. "Pas des Birmans, des kachins", un régiment venu du nord du pays et de religion catholique.

Père et fils sont arrêtés chez eux dans la nuit du 1er octobre, comme six autres habitants de la ville. "Je savais qu'ils allaient m'attraper", raconte le plus jeune. Au poste de police, on étale devant lui les preuves de son délit : vingt-cinq photos attestant de sa présence dans la rue. "Vingt-cinq photos, juste de moi !", répète-t-il, encore surpris. Leur libération les laisse perplexes. "C'est peut-être parce que ici viennent les touristes", avance le père. "C'est à cause de la pression internationale. Pour moi, ça ne fait pas de doute", ajoute son fils, qui se cache dans son échoppe pour raconter son histoire, mais insiste pour qu'on cite son nom dans la presse française.


source Le Monde.fr